Directeur : Fabien WILLE, PU, Lille 2
Directeur adjoint : François POTDEVIN, MCU, Lille 2

La recherche en Sciences Humaines et Sociales de cette équipe a pour objectif de dépasser ces présupposés à propos de ces valeurs «mythiques » du sport qui serait le plus à même de répondre aux problèmes sociétaux actuels tels que la santé publique, le bien être et la sécurité des populations ou l’intégration des minorités et constituerait à lui seul un vecteur de diffusion d’une responsabilité sociale. Dépasser ces présupposés revêt un intérêt majeur dans la mesure où le programme « Horizon 2020 » place la recherche et l’innovation au cœur de ces défis sociétaux pour lesquels le sport et l’activité physique pourraient jouer un rôle non négligeable.

Si nos travaux interrogent l’objet sport, c’est pour lui substituer une autre forme de responsabilité : celle relative à ses usages sociaux. L’équipe 2 se structure alors autour d’un objectif commun : la responsabilité et stratégie des acteurs du sport et de l’éducation. Le projet scientifique a pour principe fondateur que toute action est engageante pour celui qui la produit et dans ce cas, affirmer la responsabilité d’un sujet à propos d’un avenir identifié, c’est-à-dire circonscrit et dénommé, revient à construire ce sujet ; l’enjeu est également celui de la formation de ces acteurs.

Cette proposition méthodologique est dynamique et appelle à évoluer en fonction de notre activité scientifique (séminaires, journées d’études, colloques, projets…) structurée par le croisement des questionnements inhérents au concept de responsabilité et des terrains d’étude choisis. Ceci permet de développer une approche interdisciplinaire en mobilisant des champs scientifiques aussi divers que complémentaires, tels que l’histoire, l’épistémologie, l’économie, les sciences de gestion, de l’éducation, de l’intervention, de l’information et de la communication.

La responsabilité peut alors être appréhendée selon trois grands questionnements :

  • Les mises en contexte de l’agir, les normes qui pèsent sur les acteurs du sport, les contraintes et les enjeux.
  • Les pratiques réelles des acteurs du sport, c’est-à-dire la façon dont ce contexte pèse sur les pratiques professionnelles.
  • Les effets de l’agir en lien direct avec le défi de société qui lui est attaché : La diversité, la santé, le développement durable, l’éthique du sport.
Les terrains d’étude :

Processus de construction d’une responsabilité sociale des journalistes de sport
Responsable : Fabien Wille
Le processus de construction d’une responsabilité sociale des journalistes de sport (RSJ-S), en tant que co-constructeur d’une parole publique (Rabatel, 2008), un producteur de sens, dans un univers professionnel normé et contraint. Notre proposition s’inscrit dans le champ de l’éthique journalistique et ceci dans la continuité des travaux que nous avons menés en 2002. Au-delà des chartes et des codes éthiques qui ont pour objectif de « réguler la conduite des journalistes dans la recherche, la transmission, la diffusion, le commentaire de l’information lorsqu’ils rendent compte d’évènements » (Déclaration de principe de la Fédération internationale des journalistes adoptée au congrès mondial de 1954), notre recherche considère l’information comme partie intégrante de l’activité sociale, de légitimation, d’imposition, de stratégies d’acteurs sociaux et de lutte symbolique, ce qui amène à l’étudier comme un fait social et non comme un fait de langage (Veron, 1997) et (Esquenazi, 2002).
Partant du postulat que la fonction essentielle des médias, et le rôle du journaliste, consiste moins à informer à propos d’évènements que de « donner du sens » au monde qui nous entoure, les travaux de Bernard Delforce (1996) attribuent au journaliste une responsabilité sociale individuelle dans la construction du « sens » de l’information comme dans celle de la vision du monde (Tétu, 1999). Les productions des journalistes ne peuvent donc que venir bousculer ou, au contraire, conforter des discours sociaux qui leur préexistent. Cette question trouve toute légitimité au regard des présupposés, communément admis, concernant le sport. « Donner du sens » implique donc une responsabilité sociale de la part du journaliste dans la mesure où sa pratique professionnelle lui impose de prendre en compte les effets sociaux de l’acte médiatique (imputabilité). Cette fonction fait du journaliste un acteur social à part entière, et non un simple témoin-médiateur hors du jeu social. Remplir pleinement ce rôle social, c’est, selon B. Delforce, adopter une posture citoyenne qui impose des façons spécifiques de regarder les choses, de les penser et d’en parler. Pourquoi le sport échapperait à ce questionnement compte tenu de la place qu’il occupe dans l’espace médiatique ?
Concernant précisément la thématique, responsabilité sociale des journalistes de sport, notre recherche s’appuie sur un socle disciplinaire dominant, celui des Sciences de l’Information et de la Communication (SIC : 71ème section) dans ses interactions avec les Sciences et Techniques des Activités Physique et Sportive (STAPS : 74ème section) et les sciences du langage (7ème section) sur la base d’une collaboration déjà éprouvée sur des actions communes entre l’UMR PACTE (UMR 5194 CNRS/UPMF-IEP/UJF – Université de Grenoble-Stendhal), le CRAPE (UMR 6051 – Université Rennes 1), Praxiling (UMR 5267 CNRS – Université Montpellier III) et l’URePSSS (EA 7369-Université Lille Droit et Santé) et Geriico (EA 4073-Université Lille 3 Sciences humaines et sociales). Nous coordonnons actuellement, avec ces partenaires, un projet ANR générique « RSJ-MéDiS »Responsabilité Sociale des Journalistes : Médias, Diversité et Sport, déposé dans le cadre de l’AAP 2015. Défi 8 Sociétés innovantes, intégrantes et adaptatives. Axe scientifique : Inégalités, discriminations, intégration. N° de décision : ANR-15-CE26-0006-01.

Pour aller plus loin : http://medis.meshs.fr

Les stratégies responsables des acteurs du sport et de l’éducation en faveur de la santé
Responsable : François Potdevin
Nous considérons que celles-ci se concrétisent dans un environnement appréhendé en différents niveaux interactifs (Bronfenbrenner, 1979) et catégorisés (de manière consensuelle dans les études de promotion de la santé) en différentes échelles interdépendantes : celle de « l’individu », des « milieux de vie » et de « l’environnement global » (Berghmanns, 2009 ; Bartholomew et al., 2001 ; Green et Kreuter, 2000 ; Renaud et Gomez Zamudio 1999). Cette catégorisation est d’ailleurs encouragée par le REFIPS (Réseau Francophone International pour la Promotion de la Santé) afin d’agir efficacement et durablement sur la santé des populations. Elle est également prônée par Durand, Saury, & Sève, C. (2006) qui défendent l’idée selon laquelle le changement d’échelle pour l’analyse des stratégies d’intervention permet des visions différentes et complémentaires.
Nous avons adopté une définition large du terme “ stratégie pour la santé ” comme « un ensemble d’actions typiques des acteurs prenant place dans différents niveaux de l’environnement, comportant des degrés de cohérence, de conscience et d’expertises variables, ayant pour objectif l’atteinte, le maintien, ou la récupération d’un état physique, mental et social qui reste en perpétuelle dynamique ». Cette posture d’analyse de la responsabilité engagée des acteurs du sport et de l’éducation dans une finalité de santé structure notre travail de recherche selon une double entrée : celle des différents niveaux environnementaux (Berghmans, 2009) et celle de l’approche méthodologique (expérimentale et inductive). Nous organiserons en 2018 le Congrès de l’ARIS (Action for research on sports in intervention).

Tourisme sportif et développement durable
Responsable : Claude Sobry
Le tourisme sportif qui joint les spécificités tant du sport que du tourisme est approché sous l’angle du développement local durable. On retrouve aujourd’hui dans ce domaine les mêmes obstacles que ceux rencontrés dans les années 1970-1980 avec l’économie du sport : ce secteur alors émergeant ne pouvait être circonscrit faute de définition unanimement admise et de données accessibles. L’axe de recherche « Tourisme Sportif et développement durable » s’est doté d’un outil permettant de faciliter les contacts et les collaborations internationales, l’International Research network In Sport Tourism. Recherches transfrontalières, doctorats en cotutelle, séminaires en visioconférences, publications et communications aux auteurs internationaux, colloques sont autant de moyens employés pour répondre à deux nécessités de ce champ de recherche récent : lui donner un cadre de réflexion admis et reconnu par tous les acteurs, chercheurs et professionnels voulant développer une collaboration avec cet axe de recherche de l’URePSSS et l’IRNIST et une méthodologie de recherche essentiellement internationale permettant de donner aux acteurs des connaissances empiriques permettant à la fois l’action et la théorisation.

Pour aller plus loin : International Research Network in Sport Tourism

Responsabilité et éthique du sport et de l’éducation physique au XXe siècle
Responsable : Joris Vincent
La question de la responsabilité et de l’éthique du sport et de l’éducation physique au cours du XXème siècle consiste à analyser historiquement l’évolution des valeurs et de l’éthique du sport pour comprendre les conditions d’émergence et de diffusion de la responsabilité des acteurs (visibles et cachés) en particulier par rapport aux notions de risque et de violence.
Il s’agira d’étudier comment les acteurs (dirigeants, joueurs, spectateurs, journalistes, politiques) instrumentalisent les valeurs supposées du sport pour promouvoir et légitimer les politiques et réglementations inhérentes au développement institutionnel, économique et social du jeu. Il s’agit donc de relire les grandes notions qui structurent l’histoire de ces pratiques sportives pour penser non pas une forme de sport mais une pluralité d’activité. Il n’y a pas un Sport mais des Sports. La mise en relation de ces pratiques en fonction de périodes doit permettre d’identifier et d’analyser le rôle d’autres acteurs cachés et impliqués dans l’évolution de la pratique (à savoir les minorités sexuelles ou sociales). Il s’agira d’observer si ces minorités sexuelles, sociales et géographiques sont assimilées ou non dans la famille sportive au regard du devoir de responsabilisation que les acteurs du sport ont construit dans le temps.
La deuxième posture vise à analyser la responsabilité de l’historien du sport dans la reconstruction des événements sportifs en s’intéressant plus particulièrement à la reconstruction d’une période au départ pensée en trois temps (1ère guerre mondiale, entre-deux-guerres, 2ème guerre mondiale) pour la reconstruire en une temporalité plus longue qui permette de revisiter les approches historiographiques sportives. Il s’agit de comprendre comment au cours de cette période de trente ans, les historiens ont abordé la phase de démocratisation de la pratique sportive et la manière dont ils ont abordé implicitement ou explicitement la question de la responsabilité des acteurs du sport (dirigeants, joueurs, spectateurs, journalistes, politiques). Nous organiserons en 2016 les carrefours de l’histoire du sport ( carrefoursport2016.univ-lille2.fr).